SAS & GdV dans “Le Monde” et “Le Nouvel Obs”

« Les choix du monde » 29-30/12/2013

SAS, Gérard de Villiers : mission Kaboul

LCP 8.00 - DOCUMENTAIRE - Hommage à l'écrivain aux 200 millions de lecteurs

Dans la littérature policière, Gérard de Villiers occupe une place à part. L'écrivain, décédé le 31 octobre des suites d'un cancer, a toujours traîné derrière lui une réputation sulfureuse et non usurpée d'auteur réac, misogyne et anticommuniste. Une sorte de paria littéraire infréquentable avec ses livres truffés d'héroïnes réduites à de simples objets sexuels au service du prince Malko Linge, le personnage principal des 200 " SAS " publiés depuis 1965.

Cela n'empêche pas Gérard de Villiers d'être lu sous le manteau aussi bien au Quai d'Orsay - Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, l'un des témoins interrogés dans ce film (avec Claude Lanzmann, Alexandre Adler...), raconte d'ailleurs comment il puisait certaines informations dans les " SAS " - que dans les halls de gare, lui que le New York Times a récemment qualifié de romancier " le mieux informé " du monde.

Pour ce documentaire, tourné quelques mois avant son décès, l'écrivain, déjà diminué et se déplaçant avec un déambulateur, a ouvert les portes de son appartement parisien et s'est laissé suivre dans les rues de Kaboul. Pour chaque " SAS ", l'ancien journaliste (Minute,France Dimanche...) passait ainsi quinze jours sur les lieux de l'action de son futur roman, histoire de s'imprégner des lieux et de coller au plus près de la réalité géopolitique du terrain.

Un portrait assez fin d'un homme beaucoup plus complexe que son héros d'un autre âge.

Guillaume Fraissard
Romain Goguelin (France, 2013, 52 min).


Télévision Temps forts, Nouvel Observateur du 4/01/2014

L’impossible Monsieur de Villiers

Qui était réellement cet auteur de romans d’espionnage ?

Documentaire. « SAS, Gérard de Villiers : mission Kaboul, de Romain Goguelin, Dimanche 5 janvier LCP 8h00

Un homme aux trais émaciés se déplace à l’aide d’un déambulateur dans un vaste appartement. Quelques jours plus tard, il s’envole pour l’Afghanistan et l’intrigue de son prochain livre (« Sauve-qui-peut à Kaboul ») prend forme à mesure qu’il mène son enquête.

Diminué physiquement, Gérard de Villiers restait un journaliste de terrain. Un savant dosage de fiction et de réalité avait fait sa fortune. Depuis 1965 et la publication de « SAS à Istanbul », le premier de la série, entre 120 et 150 millions d’exemplaires auraient été vendus. Ce succès n’était dû à aucun succès médiatique car les tribulations de son agent porté sur le sexe étaient considérées comme de la littérature de gare et jugées politiquement très incorrectes. A maintes reprises, Villiers fut taxé de racisme et de machisme, quelqu’un d’infréquentable.

Jusqu’à ce jour de février 2013 où le « New York Times » consacra cinq pages élogieuses à cet auteur de best-sellers remarquablement bien informé. Alors, dans un élan unanime, la presse tricolore reconnut les mérites de celui qu’elle snobait depuis un demi-siècle, et les langues se délièrent.

« Ce sont des livres de délivrance d’une certaine manières », avance l’écrivain et cinéaste Claude Lanzmann, qui n’en a pas manqué un seul. L’historien et journaliste Alexandre Adler, l’ancien juge Brugière, l’ex ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine ne sont pas en reste. L’un voit en lui un Jules Verne moderne, l’autre vante son flair géopolitique., le troisième admire sa technique de reporter à l’ancienne.

Bref, c’est presque un hommage funèbre que les élites rendent à Gérard de Villiers quelques mois avant qu’il ne s’éteigne, le 31 octobre dernier, à l’âge de 83 ans. Un portrait au crayon tendre du père de Son Altesse Sérénissime le prince Malko Linge, qui avait trop fréquenté les barbouzes pour être un enfant de chœur.

Eric de Saint Angel